
Eric Jaulmes fut l'inventeur de la Mobylette en 1949 (contraction de mobile et de bicyclette), quelques années après l’étude par l'ingénieur Marcel Morel de chez Monet-Goyon d'un cyclomoteur de 49 cm3 qui ne sera pas retenu par sa direction. Même si aujourd’hui ce terme est devenu générique, c’est à Motobécane que l’on doit la commercialisation de la première Mobylette, l’AV3 en 1949. Rapidement la “mob” devient un moyen d'émancipation de la jeunesse. Aujourd’hui, intéressons-nous à la Légende des “mob” : la Motobécane type 51, abrégée couramment la "51", devenue MBK 51 après 1986, une “mob” lancée par Motobécane en 1978.
C'est à Pantin, en 1923 que l’entreprise Motobécane fut fondée par Charles Benoit, Jules Bénézech et Abel Bardin. La marque commença par produire des motocyclettes avant de devenir célèbre pour ses Mobylettes (comme le modèle AV88 dite “la Bleue”), Mobylettes connues et reconnues dans de nombreux pays après la Seconde Guerre mondiale. Motobécane fit très longtemps preuve d'innovations techniques et esthétiques, mais devant les difficultés financières du début des années 1980 et la faillite qui suivit, l’entreprise fut reprise par Xavier Maugendre et quelques associés (une partie des capitaux provenant de Yamaha et de deux importateurs de Yamaha). Rebaptisée MBK Industrie, l’objectif fut de relancer le marché de la moto française. En 1986, Yamaha prit le contrôle de MBK Industrie et orienta rapidement la chaîne de production vers l’univers du scooter (MBK), avant d'intégrer l'entreprise à Yamaha Motor France en 2011.
Les années 1970 furent des années prospères pour Motobécane qui lança de nombreux nouveaux modèles dont la 51 en 1978, futur fleuron de son catalogue. Concurrente incontestée du 103 de Peugeot sorti en 1971 (dont nous retraçons ici son histoire), la 51 fut la dernière œuvre marquante de Motobécane / MBK industrie qui conserva la 51 au catalogue jusqu'en 2002, l’application de la norme anti-pollution Euro 2 marquant la fin d’une carrière longue de 24 ans. La dernière 51 à sortir d'usine est une 51 Hard Rock, en novembre 2002. Les 51 cédèrent la place à une gamme réduite de 3 modèles fabriquées en Turquie (les MBK Dakota, Kansas et Phenix) qui ne parviendront pas à convaincre et abandonnés en 2008.
Le cadre de la série 51 est une structure acier monocoque incluant un réservoir d'essence (jusqu’à 6.5 litres, avec réserve) dans le tube diagonal. Toutes les versions disposent de suspensions à l'arrière, à ressort cachés, apparents ou encore hydrauliques à bonbonne de gaz séparée selon les modèles. Le bras oscillant de série à section ronde ou section rectangulaire pour les versions sportives, fut dans les années 1980 complété d'un système d'antivol à barre. La fourche, dans un premier temps est une évolution de celle des années 1950 sur tous les modèles standards de la 51, avant d’être remplacée par une fourche plus “sport” mais non hydraulique. L’éclairage fut tout d’abord confié à un phare trapézoïdale avant d’être remplacé par un phare rond, mode oblige ! Certaines versions sportives bénéficient d'un kit carrosserie et d'une tête de fourche carénée. La transmission secondaire est assurée par une chaîne renforcée. Les roues sont à rayons sur les premiers modèles, en 1979 des jantes à bâtons en aluminium apparurent sur le modèle 51 Super, toujours pour répondre à la mode "sport" et à la concurrence. Le freinage est assuré par des tambours à commande par câble sur l’ensemble des modèles, par des freins à disques pour les rares modèles destinés à la compétition. Le poids de la 51 se situe entre 42 et 55 kilos, selon les séries et l’équipement. La vitesse maximale légale de la 51 est d’environ 50 km/h.
Le moteur monocylindre deux-temps (à graissage séparé) AV10 d’une cylindrée de 49,9 cm3 de la famille 51 est un dérivé du moteur AV7 des années 1950, disposant d’une admission par clapets dans le carter et 3 transferts, augmentant ainsi la puissance de 2 à 3 ch (3.3 ch pour le plus puissant de série). La carburation de 12 mm passa rapidement à 14 mm. Au milieu des années 1980, un allumage électronique fait son apparition, améliorant grandement la fiabilité. Tous les modèles (excepté la version S d'entrée de gamme de 1978 à 1980 et certains modèles Club) bénéficient d'un variateur de vitesse automatique appelé "Mobymatic" qui équipait déjà le moteur AV7, et d'une transmission primaire par courroie avec tension automatique par ressort dit "moteur flottant". Dans un premier temps refroidit par air, un système de refroidissement liquide A.F.S. apparu de série sur certaines gammes, introduisant ainsi le moteur AF 85 et AF 87 (4 transferts). Les pots d'échappement de forme « tromblon » ont été progressivement remplacés par un pot de détente de type « Cobra ». Le système de démarrage est devenu à kick sur les versions sportives, abandonnant le pédalage quand la réglementation des cyclomoteurs le permit.
Comme pour de nombreux modèles de la concurrence, la MBK 51 fut l’objet de nombreuses modifications, personnalisations et transformations de la part des jeunes propriétaires. Augmentation de la puissance, des équipements, relooking… Les idées étaient nombreuses, parfois farfelues et pas toujours dans le respect des réglementations en la matière, qui bannissent ce type de pratique. La majorité ont fait l'objet de modifications illégales pour augmenter la vitesse de pointe, allant du simple débridage à l'installation de kits de toutes cylindrées et de gros carburateurs. Ces machines pouvaient ainsi facilement dépasser les 60 km/h, voire 100 km/h avec des modifications poussées (je vois vos yeux briller !). L’une des plus impressionnante transformation est peut-être le Jet-trike Célérité de Gilles Moussaoui et Claude Boissel (pilote), une mobylette dragster basée sur le cadre d'une MBK 51, dotée d'un turboréacteur Turbomeca Marboré II à postcombustion de 2 500 ch, équipé de 4 freins à disque, d’un poids à vide 400 kg pour une longueur 4,60 m ; qui a atteint 375 km/h en 2008.
Aujourd’hui, les Mobylettes Motobécane, désormais vintages, sont appréciées par les collectionneurs et les amateurs de véhicules classiques pour leur charme et leur place dans l’histoire de la mobilité. Heureux et fières sont les propriétaires ayant conservé soigneusement un modèle en parfait état dans leur garage. De nombreux clubs existent aujourd’hui, proposant expositions et autres balades, souvent très fréquentés. Sur le marché de l’occasion, toute “d'origine”, une 51 originelle est proposée entre 1000 et 1500 euros ; aux environs de 500 euros pour une 51 Club ; plus de 3000 pour des modèles rares et équipés. Enfin, si vous êtes propriétaire d’une machine à "retaper", vous trouverez chez La Bécanerie tout ce dont vous aurez besoin pour reprendre la route !
Devenue une Icône, il est possible de profiter aujourd’hui de sa Mobylette Motobécane / MBK Industrie 51 à l’électrique, grâce au kit de conversion NOIL. La légende perdurera quoi qu’il arrive !

Né au Havre en 1972, motard depuis 1992, j’ai rejoint la grande famille des sidecaristes en 2015. Au titre de “passionné”, je préfère dire que la moto est pour moi un mode de vie. Rouler raisonné, profiter de mon environnement et de cette liberté qu’offre la moto, échanger et partager sont mes moteurs