BURN OUT : interview de Serge Nuques

12 décembre 2017 • À la une, Actualités moto et 50cc, Partenaires

Cascadeur et doubleur de Tony (François Civil) dans BURN OUT, Serge Nuques répond à nos questions

Serge Nuques, emblématique Chevalier de Groland, est aussi connu pour ses déguisements abracadabrantesques que pour ses multiples talents de pilote moto. Plusieurs fois champion de France des rallyes et vainqueur du Moto Tour, il a brillé sur la glace, sur le sable et même sur l’eau ! Pas étonnant que le cinéma ait fait appel à lui lorsqu’il s’agissait de réaliser des figures périlleuses à moto. Serge Nuques a accordé une interview exclusive à La Bécanerie dans laquelle il nous livre quelques secrets du tournage de BURN OUT

Serge Nuques, de la mob’ aux cascades de cinéma

Serge Nuques, cascadeur dans le film moto BURN OUT

Comment es-tu tombé dans la moto ? Et depuis combien de temps ?

Je suis tombé dedans tout petit. J’ai fait mes armes à partir de 14 ans avec des mobylettes, des Motobécane 50. A 21 ans j’ai eu la chance de pouvoir m’acheter une moto. Devenir pilote était un rêve mais je n’y croyais pas forcément.

Quel est le style de moto que tu préfères piloter ?

J’aime toutes les motos ! J’aime toutes les disciplines du moment qu’il y a deux roues et un accélérateur ! Et je m’amuse encore plus en sortant la moto de l’usage pour lequel elle a été faite comme rouler sur la plage avec une moto de route. Ca permet aussi de découvrir les machines sous un autre angle.

Alors, une ou plusieurs motos dans le garage ?

Gros chopper 4 cylindres pour faire du dirt track, moto de trial, de cross ou de piste, j’ai gardé tous mes jouets pour pouvoir m’amuser selon le temps et l’envie. C’est ça qui est bon dans la moto : se faire plaisir !

Pourquoi le Chevalier de Groland, les déguisements, le côté un peu barjot ?

J’ai toujours eu ce côté décalé. Quand j’ai été champion d’Aquitaine j’étais déjà déguisé. Une année j’ai fait 2ème du Tour de France moto derrière Sarron. J’étais habillé en singe et ça a plu aux Grolandais. Une semaine après ce podium, j’ai rencontré par hasard à Magny-Cours Michael Kael qui est un vrai passionné de bécanes, et on s’est dit : pouquoi ne pas créer un personnage, un Chevalier qui irait faire des courses de moto en France !

Dans combien de films as-tu tourné/doublé ?

Je dirai 3 ou 4. Il y a eu pas mal de choses avec les Grolandais, notamment Mammuth avec Gérard Depardieu. Il y a une scène où je devais rouler sur une petite nationale à plus de 200, une autre où je le double lorsqu’il doit rouler saoul et se manger les trottoirs avec sa bécane. Pas mal de choses où on a bien rigolé !

A quel moment juge-t-on nécessaire de faire appel à un cascadeur pour une scène ?

Dès qu’il y a une notion d’équilibre en général. Dès qu’il y a un risque de perte d’équilibre et de chute dans laquelle l’acteur pourrait se blesser. Et bien sûr, au delà du risque, quand les capacités de l’acteur ne lui permettent pas de réaliser l’action. Dans BURN OUT, François Civil a passé son permis moto exprès pour le film et il avait envie de jouer certaines scènes. Mais il a vu comment on pilotait et il a dit qu’il ne s’en sentait pas capable. Il est très humble et reconnaissant de ce que nous avons apporté par rapport à la moto dans le film.

Quelles précautions sont prises lors des cascades ?

Tout est calculé. On travaille avec des pros des cascades de cinéma, notamment Gilles Conseil et Cinecascade de Patrick Roncin. Tout le scenario est orchestré mais il y a toujours des prises de risque et c’est ça qui me plaît aussi. Toutes les prises compteur dans BURN OUT sont réelles, nous n’avons pas triché sur les accélérations et la vitesse affichée au compteur.

Quelle est la cascade en moto la plus dangereuse que tu aies jamais réalisée ?

Je crois que c’est la scène de la remontée d’autoroute de nuit à contresens dans BURN OUT. C’est aussi une des meilleures ! Une nuit entière de tournage pour faire ce contresens. Ca s’est finit avec du brouillard vers 5-6 heures du matin, il devait faire 3°C et tu n’as pas le droit de te relâcher ! Il y a 13 véhicules à croiser donc 13 cascadeurs professionels en face orchestrés avec un timing de fou et il faut partir à fond. En plus il faut refaire la prise cinq ou six fois pour avoir les vues de la caméra avant, arrière, du dessus, traveling, etc. Il faut connaître la chorégraphie par coeur. Là j’ai eu la chance de pouvoir la proposer et ils ont accepté de m’envoyer le ballet comme je l’avais prévu. Alors toute la nuit je me suis répété l’ordre et la position des véhicules qui devaient arriver en face. Le plus impressionnant c’est qu’il faut multiplier la vitesse par deux, la tienne et celle des véhicules que l’on croise. Pour l’occasion nous avions 13km d’autoroute privatisée pour nous !

Serge Nuques, cascadeur et doubleur dans BURN OUT

T’as-t-on déjà demandé de réaliser des cascades sans casque ?

Oui mais je ne veux pas prendre ce risque. Je les laisse à des professionels dont c’est le métier. Je n’ai pas réalisé toutes les cascades dans BURN OUT. C’est Sylvain Gabet qui a réalisé les prises sans casque ou les grosses chutes, il fait ça très bien. Par contre j’ai fait la glissade sur circuit, dès le deuxième jour de tournage c’était sympa ! C’est assez abstrait de devoir se jeter par terre alors qu’en tant que pilote c’est toujours ce que tu veux éviter au maximum. Mais j’ai réussi à faire ce qu’ils voulaient dès la première prise, même pas eu besoin de la refaire !

Combien de (grosses) chutes as-tu subi au cours de ta carrière ?

Très très peu, je touche du bois pour que ça continue ! Je ne suis jamais tombé sur la route, j’ai été trois fois champion de France des rallyes routiers et je ne suis jamais sorti en spéciale. Donc j’ai l’impression de rouler avec de la marge. J’ai chuté quelques fois sur circuit en cherchant la limite mais jamais de très grosses chutes. C’est peut-être aussi pour ça que ça ne me fait pas peur, je ne me suis jamais fait vraiment mal…

Quelle relation as-tu noué avec François Civil, le personnage principal dont tu es la doublure ?

C’est une très belle rencontre. Nous n’avons pas passé tant de temps que ça ensemble car il y avait deux équipes. L’une avec les acteurs et l’autre pour les scènes d’actions et de vitesse et parfois les deux équipes tournaient en même temps. En effet, sa présence n’était pas toujours nécessaire lors du tournage de certaines scènes de poursuites. Mais il était admiratif et très reconnaissant. Il répète souvent qu’il a vraiment partagé le rôle avec moi, qu’il n’était pas tout seul et qu’il y avait un pilote professionel sur qui il a pu compter. Mais il n’a pas repris la moto depuis, alors je l’ai invité sur un de mes stages de pilotage car j’aimerais le coacher !

Combien de motos ont été utilisées au total pour le film ?

Une quinzaine je crois. Il y a l’hypermotard, la Diavel, la Mostro, au moins six Ducati 959 pour les scènes chez Paterson, trois Panigale 1299 car il en fallait toujours une avec les caméras, une pour les plans fixes et une avec des pneus pluie ! Et seulement deux ont été cassées pour le film, l’hypermotard et la 959 que je couche sur circuit.

Quelle a été la cascade la plus difficile à réaliser dans BURN OUT ?

Le contresens sur l’autoroute de nuit certainement. Il y a eu aussi la chute sur circuit dès le deuxième jour de tournage. Mais c’est une glissade, tu sais que tu ne vas rien taper. Pour filmer au plus près, ils avaient mis une caméra dans le bac à graviers et il ne fallait surtout pas que la moto aille taper contre la boîte car c’est une caméra qui vaut extrêmement cher ! En général, il fallait que je fasse attention aux caméras fixées sur la moto. Il y en avait parfois trois, bien plus grosses que des GoPro et je devais rouler à 250 sans risquer de les abîmer. A chaque fois que l’on m’en rajoutait une, j’avais envie d’y aller pour voir comment la moto allait se comporter. J’en ai eu une vraiment en déport derrière moi, pour faire une vue de l’arrière pour voir le sac à dos de Tony et son casque. Celle là me déstabilisait beaucoup car elle avait une grosse prise au vent. Ca rendait la moto un peu floue au dessus de 250 sinon c’était assez sympa !

Serge Nuques, cascadeur et doubleur dans BURN OUT

Ton expérience BURN OUT en résumé

Pour moi ca été 21 journées de tournage étalées sur trois mois. Nous sommes allés en Belgique, à Rotterdam aux Pays-Bas et dans le nord de la France. On commence presque toujours à l’envers donc on a commencé par la fin du film. Je suis vraiment heureux d’avoir participé à cette aventure et très content du résultat final. Entre ce que j’ai fait derrière le guidon et ce que l’on voit à l’écran il y a de très belles images. Je remercie Christophe Offenstein, réalisateur de la partie vitesse du film, qui est en plus motard. Je pense que c’est pour ça qu’il y a ce cachet dans les images et dans la façon dont on a travaillé ensemble.  C’est grâce à lui si nous sommes allés chercher des choses assez osées sur les images et certains montages caméra.

Merci à Serge Nuques pour sa disponibilité et rendez-vous le 3 janvier au cinéma !


One Response to BURN OUT : interview de Serge Nuques

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